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Statistique

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C’est l’économiste allemand du XVIIIe siècle, Achenwall (1719-1772), qui a fabriqué Statistik, à partir du nom italien statista, désignant un homme d’État. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) évoque le fait en ces termes : « Achenwall, qui vivait vers la fin du milieu du XVIIIe siècle ( ?), est généralement considéré comme le premier écrivain systématique sur la statistique, et on dit que c’est lui qui lui a donné son nom actuel ». La formation à partir « d’homme d’Etat » en italien indique que, pour Achenwall, statistique a un sens singulier, qu’il a perdu de nos jours : c’est l’ensemble des connaissances que doit posséder un homme d’État pour gouverner ou, comme le note Malte-Brun (Précis de géographie universelle) « la branche de la géographie politique » (« que, d’après les Allemands, nous nommons statistique »).

En français, ce mot emprunté de l’allemand est attesté en 1785. Le XIXe siècle étant le siècle de la science et du social, la statistique ne pouvait pas demeurer cet ensemble de connaissances propres à un chef d’Etat ; elle est donc devenue une science, une science de l’Etat d’abord, avant de devenir une science du social ou une science sociale, peu importe ; en tout cas, une science moderne, parfaitement en accord avec son temps. C’est ce qu’exprime Letronne (1787-1848), membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres : « la statistique, qui expose l’état des productions, des consommations, des ressources d’un État, à une époque donnée, est une science toute nouvelle ». Le mot entre dans le Dictionnaire de l’Académie française à compter de la sixième édition (1832-35) : « science qui apprend à connaître un État sous les rapports de son étendue, de sa population, de son agriculture, de son industrie, de son commerce, etc. » (la statistique est une science nouvelle ; la statistique fournit des matériaux à l'économie politique). Le mot désigne aussi la « description détaillée d’un pays relativement à son étendue, à sa population, à ses ressources agricoles et industrielles, etc. » (la statistique de la France ; la statistique du département de la Seine). Les académiciens ajoutent qu’il « s’emploie aussi adjectivement » (description statistique du département du Rhône ; mémoires statistiques ; connaissances statistiques). Ce dernier exemple condense l’évolution sémantique du mot en un peu plus d’un demi-siècle : la statistique était un ensemble de connaissances ; elle est désormais l’objet de la connaissance (« connaissances statistiques »).

En 1785, le mot est employé en français pour la première fois par Bachaumont (Mémoires secrets) dans un sens différent de celui qu’y donnait Achenwall. Elle n’est pas l’ensemble des connaissances nécessaires au (bon) gouvernement d’un pays, mais « l’étude méthodique des faits sociaux par des procédés numériques », comme l’atteste cet extrait : « les économistes ont créé un mot pour désigner la science de cette partie de l’économie politique (à savoir les dénombrements), et l’appellent statistique ».Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) est le premier à intégrer à la définition de la statistique cette nouvelle conception. C’est une science de l’Etat (« science qui a pour but de faire connaître l’étendue, la population, les ressources agricoles et industrielles d’un État ») et la description d’un pays relativement à son étendue, à sa population, à ses ressources agricoles et industrielles, etc., comme dans le Dictionnaire de l’Académie française, mais c’est aussi comme chez Bachaumont une science des dénombrements : « plus généralement, science des dénombrements et de leurs conséquences ». Aussi s’applique-t-elle à d’autres réalités que l’Etat ; par exemple à l’épidémiologie : « statistique médicale, dénombrement de faits se rapportant aux morts, naissances, maladies, épidémies », ou à la métallurgie : « des recherches statistiques sur l’état actuel du travail de tous les métaux dans les ateliers français ». Ce dernier sens est intégré à l’article statistique de la septième édition du DAF (1879) : « il se dit aussi de la partie de cette science qui consiste à dénombrer les faits et à en tirer des conséquences » et illustré de l’exemple cité par Littré : « statistique médicale, dénombrement de faits relatifs aux morts, naissances, maladies, épidémies ».

La dimension sociale de la statistique est exprimée explicitement dans les dictionnaires du XXe siècle. Le premier sens relevé dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35) est celui de la science du social : « terme didactique, science qui a pour objet de recueillir et de dénombrer les divers faits de la vie sociale » (statistique des naissances, des mariages, des divorces ; médicale ; de la criminalité). Dans le Trésor de la langue française (1971-94), ce même sens (« ensemble de données numériques, généralement analysées et interprétées, concernant une catégorie de faits » ; statistique annuelle, périodique ; criminelle, démographique, économique, électorale, financière, officielle ; de production ; de l'état-civil) n’est plus glosé par le terme science. Ces données numériques se rapportent à des faits, sociaux pour la quasi-totalité d’entre eux, mais elles ne forment plus une science à proprement parler. Cela ne signifie pas que la statistique ne soit plus une science – bien au contraire. Les rédacteurs du TLF en distinguent deux. La première (« étude méthodique des faits économiques et sociaux par des classements, des inventaires chiffrés, des recensements, etc. ») est délaissée et ce sens-là est tenu pour vieilli. La seconde est en pleine expansion. C’est la « branche des mathématiques ayant pour objet l’analyse (généralement non exhaustive) et l’interprétation de données quantifiables » (statistique descriptive, statistique mathématique, statistique quantique ou « mode de distribution d’un ensemble de particules en fonction de leur énergie » ; statistique de Bose-Einstein ; statistique de Fermi-Dirac ou « ensemble de lois selon (...) lesquelles il ne peut y avoir plusieurs particules dans le même état quantique »).

A la fin du XVIIIe siècle, quand le mot a été formé, la modernité s’esquissait. La statistique était une technique de gouvernement et une science des dénombrements. A la fin du XXe siècle, cette ambivalence maintenue s’exprime dans des termes nouveaux : ce n’est plus un ensemble de connaissances nécessaires pour bien gouverner, mais des données et des techniques pour contrôler la vie sociale ; ce n’est plus la science qui établit les dénombrements, mais celle qui analyse les données exprimées en quantités. Quoi qu’il en soit de l’objet de cette science, l’objectif est le même : il est de contrôler les hommes et de faire en sorte que les individus ne puissent pas passer à travers les mailles du vaste filet social qui les enserre tous.
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