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Persée

Un jour, un oracle prédit au roi Acrisios qu´il serait tué par son propre petit-fils. Craignant pour sa vie, le roi essaya d´imaginer le moyen d´éviter ce tragique destin. Il rassembla tous ses esclaves, leur ordonna de creuser une cave sous le palais et de la clore par une porte de fer.

Puis il y emmena sa fille Danaé et l´y enferma soigneusement. Il lui fit porter de la nourriture mais ne la laissa pas sortir, de crainte que ne s´accomplisse la terrible prédiction.

Les gémissements et les cris de la prisonnière parvinrent aux oreilles du roi des dieux, Zeus, qui prit pitié de la jeune fille solitaire et descendit dans la cave sous forme d´une pluie d´or. Il illumina l´obscurité et tomba amoureux de la belle qui, peu de temps après, mit au monde un garçon auquel on donna le nom de Persée.

Un soir, le roi se promenait dans son parc. Soudain, il entendit les pleurs d´un enfant. Il crut d´abord que c´était le vent dans les arbres, mais les cris provenaient de la terre.

Effrayé et surpris, Acrisios courut vers la porte de fer de la cave et l´ouvrit. Danaé se jeta à son cou, le suppliant d´épargner la vie de son fils et la sienne. Mais le roi avait bien trop peur de la mort et il ignorait la compassion. Aussi la repoussa-t-il et rentra-t-il en hâte au palais.

Il donna l´ordre à ses gardes de mettre sa fille et son petit-fils dans une grande caisse, de la clouer et de la jeter à la mer.

Avant la tombée de la nuit, les vagues jouaient déjà avec la caisse où la malheureuse étreignait son enfant. A travers une fente, elle aperçut la mer démontée et l’écume qui ornait la crête des vagues.

Puis ce fut l´obscurité. La caisse était toujours ballottée sur les eaux sans fin, à la merci des tourbillons et du vent qui la poussaient vers une côte inconnue. Le lendemain, une île apparut à l´horizon. La caisse fut rejetée sur sa côte.

Des pêcheurs préparaient leurs filets sur la plage lorsqu´ils virent cet étrange objet qui flottait. Ils montèrent dans leurs bateaux et ramèrent à sa rencontre pour le haler sur le sable.

Curieux de savoir quel trésor était caché dedans, ils se dépêchèrent d´ouvrir le couvercle. Quelle ne fut pas leur surprise au spectacle qui s´offrit à leurs yeux : de la caisse sortait une charmante jeune femme portant dans ses bras un petit garçon endormi.

Tremblante et pâle, Danaé remercia ses sauveteurs et leur raconta son aventure.

Ayant exprimé leur étonnement, les sympathiques pêcheurs offrirent de la nourriture aux rescapés, et lorsque ceux-ci eurent repris un peu de forces, leur doyen les emmena jusqu´à la cité voisine, chez le roi de l´île.

Le souverain offrit l´hospitalité à la princesse étrangère et à son fils. Depuis ce jour, ils vécurent au palais et ne manquèrent de rien.

Après quelque temps, le roi épousa la princesse et s´offrit à élever Persée comme son propre fils.

Les vagues se succédaient dans la mer et les années se succédaient au royaume insulaire. Il y avait longtemps que le garçon avait cessé de jouer sur la prairie. Maintenant il luttait avec les autres jeunes gens dans les stades; il montait à cheval et savait manier la lance.

Le roi, craignant pour son trône, surveillait avec ennui ce déploiement de force. «Il serait bon,» pensa-t-il, «si Persée allait de par le monde.» Aussi se mit-il à lui raconter des histoires de dragons, de géants et d´exploits héroïques. Persée l´écouta avidement.

« Il y a eu de fameux héros, » raconta un jour le souverain, « mais aucun n´a eu le courage de ramener la tête de Méduse. » « Et qui est cette Méduse ? » demanda le jeune homme.

«Bien loin à l´Ouest,» répondit son beau-père, «là où commence la nuit éternelle, vivent trois sœurs : les Gorgones. Elles sont monstrueuses : elles ont des ailes et à la place de la chevelure elles portent des serpents. Deux d´entre elles sont immortelles, la troisième est mortelle, on l´appelle Méduse. Quiconque regarde la figure hideuse et immobile de l´une des sœurs se transforme immédiatement en pierre. Si je possédais la tête de Méduse, je pourrais la montrer à mes ennemis qui se changeraient en roches et je gagnerais ainsi toutes les batailles.»

Après cette conversation, Persée ne fit que penser aux monstres. Il avait envie d´accomplir l´exploit devant lequel tous avaient reculé. Le long voyage ne l´effrayait pas, et, si Méduse était mortelle, il croyait pouvoir la tuer de son bras fort armé d´un glaive acéré.

Au lieu de craindre le danger il songeait d´avance à sa victoire.

Quelques jours plus tard, ayant bien réfléchi, il annonça à sa mère

«je vais explorer le monde et rapporter la tête d´une des Gorgones. »

Danaé fondit en larmes à l´idée que son fils risquait de ne pas revenir. Mais le roi approuva la décision de Persée, en louant sa force et son courage. Au fond de son cœur, ce départ le soulageait.

Le jeune homme ne traîna pas. Impatient de tenter l´aventure, il se prépara promptement et se mit en route. Le soleil couchant lui indiquait la direction à prendre. Il traversa la mer et la terre, se frayant un chemin à travers d´immenses forêts pleines de bêtes et d´oiseaux sauvages. Il escalada des chaînes de montagnes et passa à gué des rivières.

Pendant très, très longtemps il marcha ainsi vers l´Ouest sans se lasser.

La déesse Pallas Athéna le suivait. Elle avait toujours protégé les voyageurs intrépides et le courage de Persée lui plaisait.

Un jour, elle lui apparut et dit :

«Tu es brave, mais la bravoure à elle seule ne te suffira pas. Tu dois apprendre ce qu´il faut faire pour rentrer chez toi sain et sauf je vais te donner des conseils. Il ne faut pas que tu jettes un seul regard sur les Gorgones, cependant il serait dur de combattre Méduse sans la voir. Aussi, je vais te donner un bouclier de métal. Il est poli comme un miroir et tu pourras la surveiller ainsi : ce reflet ne te fera aucun mal. Prends aussi cette courte épée pour lui couper la tête. Mais avant tout tu dois obtenir des nymphes des sandales ailées, le sac magique ainsi que le casque qui te rendra invisible. Viens ici, je vais te montrer le chemin qui va chez trois vieilles femmes. Ce sont les sœurs des Gorgones et elles savent où vivent les nymphes. »

Persée remercia la déesse, prit le bouclier et l´épée et s´engagea sur le chemin qu´elle lui avait indiqué.

Ayant atteint une plaine caillouteuse et déserte, il aperçut soudain une cabane sordide. C´était la hutte des vieilles sœurs des Gorgones. Avant d´arriver à la porte le jeune homme les entendait déjà se quereller.

A elles trois, elles ne possédaient qu´une dent et un oeil, et elles ne parvenaient jamais à décider qui y avait droit. Dès que l´une avait emprunté l’œil et se mettait à regarder autour d´elle, la seconde se jetait sur elle pour voir aussi. A peine celle-ci s´était-elle emparée de l’œil que la troisième le lui arrachait. Et la dent était l´objet des mêmes disputes.

«Qui est là ? » crièrent-elles.

Elles entendaient des pas mais ne pouvaient pas voir puis qu´aucune n´arrivait à attraper l’œil tant convoité.

«Qui que tu sois, » hurla la première, « viens nous donner ton avis. »

«Dis-leur de me rendre mon oeil,» grinça la seconde.

« Surtout ne la crois pas, » se lamenta la troisième : « c´est mon tour de l´avoir. »

Persée prit l’œil et la dent des mains des vieilles et leur dit:

«Pourquoi en effet ne serais-je pas votre arbitre ? je vais garder les objets de vos querelles, ainsi vous serez tranquilles. »

Les femmes se mirent à se lamenter, en tendant les mains pour attraper le jeune homme. Mais comme elles étaient aveugles elles ne saisissaient que le vide.

Voyant qu´elles ne pourraient arriver à leurs fins, les vieilles se mirent à plaider :

« Rends-nous ce que tu nous a volé. Si tu le fais, nous exaucerons un de tes vœux. »

«Dites-moi,» répondit Persée, «quel chemin il faut prendre pour aller chez les nymphes qui cachent les sandales ailées, le sac magique et le casque. Si vous me le montrez, je vous rendrai l’œil et la dent.»

Les vieilles essayèrent de le dissuader

«Demande quelque chose d´autre!»

Mais comme le jeune homme insistait, elles eurent peur qu´il s´en aille et lui révélèrent en gémissant la cachette des nymphes.

Persée leur rendit l’œil et la dent et quitta ce pays désolé en suivant la route indiquée par les vieilles. Plus il s´éloignait, plus la campagne devenait charmante. D´abord apparaissaient çà et là des touffes d´herbe, bientôt le sol fut recouvert entièrement d´une verte prairie. Les arbres solitaires et tordus cédaient la place aux bosquets embaumés, et, au milieu du taillis le plus touffu, les nymphes aux pieds nus dansaient dans une clairière.

Le jeune homme leur demanda les sandales, le casque et le sac qu´elles lui donnèrent sans hésiter.

Il attacha les cothurnes ailés, se couvrit la tête et jeta le sac sur son épaule. D´un coup de talon sur le sol il s´envola dans les airs. Chaque pas était comme un battement d´aile qui l´emportait rapidement. Rien ne vint interrompre son vol. Il se promena par-dessus les arbres et les montagnes. Les buissons embaumés se firent rares, puis disparurent, les vertes prairies s´évanouirent à l´horizon et Persée traversa à nouveau un pays désolé. De grands et de petits rochers jonchaient la terre; certains ressemblaient à des animaux, d´autres à des hommes.

Tous avaient été des ...


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